On imagine souvent qu'un acteur doit profiter de chaque apparition à l'écran pour se faire remarquer. Pourtant, Bastien Bouillon défend une vision totalement différente de son métier.
Après avoir longtemps enchaîné les petits rôles, il a compris qu'une scène ne consiste pas à attirer l'attention sur soi, mais à servir l'histoire et les autres personnages.
« Dans trois phrases, tu peux jouer ta vie… mais ce n'est pas une raison pour vouloir voler la scène. »
Un petit rôle n'est jamais un petit moment
Au début de sa carrière, Bastien Bouillon a interprété de nombreux rôles secondaires. Quelques répliques seulement, parfois une présence très courte à l'écran.
La tentation est alors grande de vouloir marquer les esprits à tout prix. Pourtant, il estime aujourd'hui que c'est une erreur.
Selon lui, l'objectif n'est pas d'être remarqué, mais d'être juste.
« Je n'étais pas là pour me faire remarquer. J'étais là pour être à ma place. »
La clé d'une bonne scène : écouter l'autre
Pour expliquer sa vision du jeu, Bastien Bouillon prend un exemple très simple.
Même si la caméra ne filme que le dos de votre partenaire, vous devez continuer à lui parler comme à une vraie personne. Ce qui compte n'est pas de penser à votre image, mais d'être réellement connecté à celui ou celle qui vous fait face.
Lorsqu'un acteur commence à se demander s'il joue bien, s'il est crédible ou s'il paraît naturel, il sort immédiatement de la scène.
« Dès que tu commences à penser à toi, tu te parasites toi-même. »
Le piège de l'autocritique
Bastien Bouillon raconte également un souvenir marquant après la projection de Seules les Bêtes de Dominik Moll au Festival de Venise, avec lequel il fera plus tard La Nuit du 12, qui lui rapportera son premier César.
En découvrant le film, il raconte ne pas s'être aimé, et ne voir que ses défauts à la projection, avant de réaliser qu'il omet le travail accompli par toute l'équipe et, surtout, celui du réalisateur.
« Le jour où l'on cesse de penser à soi, on commence vraiment à jouer. » »
Il se rappelle alors une évidence : le film ne lui appartient pas. Des dizaines de personnes ont travaillé pendant des mois pour lui donner vie.
Le réalisateur vit peut-être l'un des plus grands moments de sa carrière.
Dans ce contexte, rester focalisé sur sa propre performance n'a plus beaucoup de sens.
Plutôt que de ressasser sa prestation après une projection, il préfère profiter du moment, féliciter le réalisateur et célébrer le travail collectif.
« Arrête de dire : "Je ne me suis pas aimé." Trinque, sois heureux et félicite le réalisateur. »