Cet article est issu d'un extrait d'une masterclass donnée par Damien Bonnard.
Tourner une scène d’amour ou de sexualité n’a rien d’anodin pour un acteur. Derrière ce qui paraît naturel à l’écran se cachent souvent une préparation minutieuse, des discussions entre partenaires et des dispositifs destinés à protéger chacun.
Damien Bonnard en a fait l’expérience notamment lors du film Rester Vertical d’Alain Guiraudie, dans lequel il devait jouer plusieurs scènes de nudité et de sexualité, avec des hommes comme avec des femmes.
Une expérience qui lui a fait prendre conscience de l’importance de préparer ces moments avec précision.
« Ce n’est pas possible de te balancer dans un lit en disant : voilà, maintenant, faites l’amour. »
Jouer l’intimité : une situation loin d’être évidente
Dans la vie, certaines situations sont déjà difficiles à vivre. Les reproduire devant une caméra, avec des personnes que l’on ne connaît pas nécessairement et dans le cadre d’une fiction, peut donc devenir particulièrement délicat.
Damien Bonnard raconte avoir ressenti une véritable appréhension lorsqu’il a dû tourner ses premières scènes de nudité et de sexualité.
Sa principale peur : être vulnérable à un endroit où il devait justement parvenir à rester dans son personnage.
Il fallait jouer une situation intime sans que le malaise personnel ne prenne le dessus.
La discussion entre les acteurs comme première protection
Pour Damien Bonnard, la solution passe d’abord par la parole.
Avant de tourner, il est essentiel de discuter longuement avec ses partenaires de jeu afin de savoir exactement ce qui va se passer.
Quels gestes ? À quel moment ? Où placer une main ? Quand s’embrasser ?
Tout doit pouvoir être défini à l’avance.
« J’ai besoin qu’on se dise : tu mets ta main là à tel moment, vous vous embrassez à tel moment. »
Cette préparation permet de faire la distinction entre l’acteur et le personnage.
L’intimité appartient au personnage. Elle ne doit pas devenir une situation personnelle entre deux comédiens.
Pourquoi la chorégraphie est essentielle dans une scène d’intimité
Aujourd’hui, les coordinateurs et coordinatrices d’intimité sont de plus en plus présents sur les tournages. Pour Damien Bonnard, leur rôle répond à une nécessité fondamentale : chorégraphier les scènes afin que chacun sache précisément ce qu'il doit faire.
Il ne s’agit pas de rendre la scène artificielle, mais au contraire de permettre aux acteurs de jouer pleinement sans avoir à improviser des gestes physiques qui n’ont pas été prévus.
« L’important dans ces scènes, c’est de pouvoir les vivre pleinement. »
Le paradoxe est là : plus la scène est préparée, plus les acteurs peuvent finalement se laisser aller au jeu.
« Le cinéma, c’est quand même faire du vrai avec du faux »
Damien Bonnard rappelle également une réalité essentielle du métier d’acteur : le cinéma repose en permanence sur cette frontière entre le réel et l’artifice.
Les scènes d’intimité ne font pas exception.
Prothèses, doublures, accessoires et différents dispositifs peuvent permettre de filmer une scène sans que les acteurs aient nécessairement à tout effectuer eux-mêmes.
Dans Rester Vertical, certaines scènes nécessitaient notamment le recours à des prothèses et à des doublures.
Le choix du moment de tournage peut tout changer
Une autre réflexion importante concerne le moment choisi pour tourner une scène d’intimité.
Le réalisateur avait proposé aux acteurs de décider ensemble s’ils préféraient tourner cette séquence le matin ou en fin de journée.
L’objectif était simple : éviter de passer toute une journée à penser à une scène particulièrement intense alors que d’autres séquences doivent encore être jouées.
Cette possibilité de choisir participe, selon Damien Bonnard, à créer les meilleures conditions pour que les acteurs puissent être pleinement présents au moment de tourner.
« Juste faire que les choses puissent se passer le mieux possible. »
Cette protection lui permet de rester concentré sur son rôle sans avoir le sentiment que la situation jouée pourrait devenir une situation personnelle.
Les protections utilisées sur les tournages sont-elles suffisantes ?
« Je ne suis pas exhibitionniste, mais je préfère qu’il y ait un peu plus l’équipe [rires]. »
Damien Bonnard estime que le matériel actuellement disponible n’est pas toujours adapté aux besoins des acteurs.
Il décrit notamment certains sous-vêtements ou dispositifs de protection comme insuffisamment sécurisants pour permettre de travailler complètement sereinement.
Pour lui, une bonne protection doit permettre trois choses : sécuriser, rassurer et rendre libre.
Car une scène d’intimité réussie nécessite justement que les acteurs puissent oublier le dispositif technique pour se concentrer sur leur interprétation.
On pourrait imaginer aussi qu’une scène de nudité ou de sexualité soit plus confortable avec une équipe réduite au strict minimum.
Damien Bonnard explique pourtant que ce n’est pas forcément son cas.
Lorsque le plateau se vide et qu’il ne reste plus que quelques personnes — une caméra et le son, par exemple — la situation peut devenir encore plus étrange.
L’acteur préfère parfois sentir la présence d’une équipe plus importante.
La présence des techniciens rappelle alors que ce qui se passe est avant tout un tournage, une scène de cinéma, et non une situation intime réelle.