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Entretien exclusif - l'acteur et réalisateur Anthony Bajon

Anthony Bajon @Alex Alphandary

Cet entretien est issu d’une masterclass publique d’Anthony Bajon enregistrée en live en décembre 2025.

Priscilla de Laforcade (PL) : Bonjour Anthony. Un grand merci d'avoir accepté notre invitation à la Ciné MasterClass. C'est intéressant de de recevoir aussi un acteur qui est quand-même encore assez jeune aussi et avec pourtant déjà une carrière assez impressionnante qui comporte des rôles assez  marquants,  assez intenses. Peux-tu commencer par nous raconter un peu comment tu en es venu au métier d’acteur, toi qui n’es pas issu d’une famille provenant du milieu artistique à l’origine ?

Anthony Bajon (AB) : Alors déjà, en effet, je viens d’une  famille ouvrière où vraiment le cinéma ça n’est vraiment pas l'enjeu principal, que ça soit dans les ambitions ou même dans le fait de voir des films. En fait c’est très simple : c’est un truc que je raconte souvent en interview mais j’ai vu Le Roi Lion au Grand Rex quand j’avais cinq ans. Oui, c’est très viril (rires) ! Et je suis tombé amoureux du truc ! Je me suis dit, mais comment on peut avoir autant de sensations, d'émotions de sentiments en une heure et demie. Bon, j’avais cinq ans, j’ai pas intellectualisé à ce point, mais je me suis dit “Ouais, il s’est passé 50 000 dingueries en une heure et demie”. Et je veux faire ça de ma vie ! Je veux raconter des histoires aux gens et je veux toucher les gens comme moi on m’a touché.

PL : Et tu as gardé ce souvenir qui a nourri ton rêve de cinéma.

AB : Oui, et j’ai un carnet depuis toujours dans lequel je prends des notes sur ce que je vois depuis. J’ai hésité à l’apporter mais c’est la chose la plus personnelle que j’ai ! (rires). Je note et je notais des choses comme : “qu’est-ce que la justesse ? Qu’est-ce que le rythme ? Pourquoi une vanne va marcher à tel moment, ou un dialogue ? Est-ce que si on retire une seconde de ce dialogue, ça aurait également fonctionné ?”. Ce sont toutes ces choses-là qui m’ont interrogé et que j’ai notées.

Mais oui, effectivement, sur le parcours qui m’a amené à être acteur, les cours de théâtre c’était compliqué parce que mes parents n’avaient pas forcément de pognon pour les payer, puis j’étais quelqu’un de très timide, donc je ne me voyais pas me confronter au regard des autres. Aller sur scène, apprendre des textes, les jouer devant les autres. (il désigne le le public face à lui). Déjà là, répondre à vos questions, c’est intimidant.

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L'acteur Anthony Bajon avec l'acteur Clément Fiori

PL : Donc tu es complètement autodidacte, tu n’as jamais eu envie d’aller dans une école ? Pas forcément pour suivre une formation, mais ces formations peuvent parfois permettre de rencontrer du monde et ce métier, c’est également trouver son équilibre à travers le collectif. 

AB : Alors je suis totalement de cet avis, d’ailleurs je supporte l’OM, donc le collectif, j’y crois ! (rires). Mais blague à part, on en revient à ma peur du groupe qui m’empêchait de passer par ce biais des écoles. Encore aujourd’hui, quand on arrive en prépa du tournage d’un film dans lequel je joue, plus ça approche, plus je me dis : “comment je vais faire pour affronter cette équipe technique que je connais pas ?”. Quand d’un coup, le action se lance, et que tout le monde te regarde, c’est très intimidant et ça le sera je crois toujours pour moi. Donc faut trouver des solutions.

PL : Lesquelles, par exemple ?

AB : Alors du coup, j’écumais les sites de casting, et j’ai passé des centaines d’auditions. Je connaissais toujours le texte par coeur, j’étais hyper stressé mais j’y allais.

PL : Et c’est comme ça que tu as eu ta première apparition remarquée dans Les Ogres de Léa Fehner, que nous allons recevoir d’ailleurs prochainement à la Ciné MasterClass, avec Adèle Haenel dans le rôle-titre. Quel souvenir en as-tu gardé ?

AB : J’en garde un souvenir mémorable, parce que ce sont mes premiers pas sur un plateau de long-métrage, et qu’en effet, ma scène était partagée notamment avec Adèle Haenel pour laquelle j’ai un respect infini. Et je me dis que je suis né sous une bonne étoile, parce que commencer le cinéma avec une actrice de cette trempe, c’est de bonne augure ! C’était juste une scène, mais la symbolique d’avoir travaillé avec elle, c’était fou. Et si je peux ne laisser qu’une infime place dans le cinéma tel qu’elle l’a marqué, je serais ravi. C’est un de mes plus beaux souvenirs quand j’y repense.

PL : Et puis après, il y a la rencontre avec le directeur de casting Antoine Carrard, que tu rencontres pour le film La Prière de Cédric Kahn, qui marquera un tournant dans ta carrière, avec un Ours d’or en point d’orgue.

AB : Oui, c’est un tournant pour moi, grâce à Antoine, qui est un grand monsieur de cinéma, qui m’a porté par sa bienveillance et ses conseils pendant les nombreuses séances de casting. C’était la première fois que je jouais un rôle aussi important, où on me demandait de jouer autant de sentiments différents.

PL : Ça fait partie des rôles qui t’ont marqué, qui t’ont suivi après le tournage ?

AB : Oui, au-delà du fait que ce soit le premier, parce que c’était un premier film très exigeant, et je me suis appliqué une exigence particulière parce que je me disais que c’était ma seule chance. Donc ça m’a pas mal épuisé, mais c’était très formateur, car Antoine et Cédric (Kahn, le réalisateur) m’ont bien aidé à négocier la suite. Ce sont des virages très importants pour un acteur, parce que tu attends ce rôle pendant tellement de temps, qu'après tu as envie de tout accepter ce qui t’est proposé. Alors qu’il faut prendre du temps, être protégé. 

PL : J’imagine que c’est compliqué en plus de refuser, au début de ta carrière…

AB : Complètement ! Surtout aujourd’hui, je suis dans le luxe ultime du comédien, où je reçois des scénarios que je peux refuser, quelle chance j’ai ! Ainsi, je peux travailler ce truc de rareté, de désir du spectateur en n’apparaissant pas trop souvent. Mais quand c’est le premier, évidemment que tu as envie de tout accepter !


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