Cette interview est issue d’un entretien long de 30 min à retrouver en intégralité sur notre chaîne Youtube.
« Deux personnes dans une chambre, c’est déjà de la politique. »
Priscilla de Laforcade (PL) : On dit souvent que vous êtes le « Woody Allen français », notamment pour votre goût de lacomédie sentimentale et parce que vous avez joué dans vos propres films. Vous reconnaissez-vous dans cette filiation ?
Emmanuel Mouret (EM) : J’ai une grande admiration pour Woody Allen et pour plusieurs de ses films. Mais il s’inscrit lui-même dans une tradition qui remonte à Chaplin, Tati et d’autres auteurs venus de la scène avant de passer au cinéma. J’admire sa manière de travailler la dramaturgie et la mise en scène, mais je ne viens pas du tout du même parcours. Je ne viens pas du théâtre et je n’ai pas la même façon d’aborder le cinéma. Ce qui me touche surtout chez lui, c’est sa capacité à faire coexister la comédie et le drame autour des relations humaines et du couple.
« Les films les plus admirables sont souvent ceux qui sont
à la fois des comédies et des drames. »
PL : La question du couple et de l’amour traverse toute votre filmographie. Avez-vous toujours voulu faire du cinéma pour parler de cela ?
EM : Non. J’ai su très jeune que je voulais faire du cinéma, mais je ne savais pas de quoi j’allais parler. Mon père me disait : « Si tu veux faire du cinéma, il faut avoir quelque chose à dire. » Cette phrase m’a longtemps interrogé. Je pensais ne rien avoir à raconter. Puis j’ai compris que chacun possède une expérience singulière. Même lorsque notre vécu paraît ordinaire, il est unique. C’est dans cette singularité que se trouve la matière du cinéma.
P : Pourtant, vos films abordent souvent des thèmes très universels.
EM : Oui, parce que nous partageons tous certaines expériences communes. Mais au cinéma, je crois davantage aux personnages singuliers qu’aux personnages « moyens ». Personne ne sereconnaît dans une moyenne. Nous nous reconnaissons dans des êtres particuliers, parce que nous avons tous le sentiment d’être un cas particulier. Les histoires fonctionnent lorsqu’elles mêlent l’universel et l’intime.
« Personne ne se reconnaît dans une moyenne. »
PL : Les histoires de couple, de rencontre, de rupture ou de triangle amoureux sont effectivement au cœur de votre œuvre.
EM : Ce sont des thèmes très classiques, mais ils restent toujours vivants parce qu’ils sont incarnés par des individus différents. Le couple est probablement la plus petite société qui existe. C’est déjà une forme d’organisation humaine. Toutes les questions morales, sociales et même politiques y sont présentes. Ce qui m’intéresse profondément, c’est la relation à l’autre et la manière dont nous essayons de vivre ensemble.
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